La Maison dans le Ciel

exposition du 07 juin au 27 octobre 2019

Cette année Artelozera propose aux visiteurs de la Maison dans le Ciel, une exposition autour de la figure immémoriale de l’altérité animale.
Didier Brousse, galeriste de Camera Obscura, présentera les œuvres photographiques de Jean-François Spricigo

Domaine des Boissets
48210 Gorges du Tarn Causses
France
44°22’27.5″N 3°26’05.3″E
44.374314, 3.434792


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voyage d’hiver

Depuis son exposition au Botanique il y a une dizaine d’années, l’artiste belge Jean-François Spricigo a parcouru bien des chemins. Résident du CentQuatre à Paris, à la Casa Velasquez à Madrid ou à l’Academia Belgica à Rome, il n’a cessé d’approfondir son langage photographique empreint d’amour de la solitude et des animaux, d’étrangeté fantomatique.
La musique, également, accompagne ses images depuis longtemps, sous diverses formes. Clips pour Albin de la Simone ou pour le groupe bruxellois BaliMurphy, collaborations avec le pianiste Alexandre Taraud, son univers s’habille également d’éléments cinématographiques.
C’est dans un corpus foisonnant d’images que la A-Galerie a choisi un ensemble de saison, dicté par l’atmosphère du Voyage d’hiver de Franz Schubert. Comme cette célèbre pièce pour piano et voix, les photographies de Jean-François Spricigo résonnent de voyage, d’intériorité au romantisme certain. Les images témoignent, comme l’histoire du voyage d’hiver, de la rencontre entre la poésie et la musique, des hasards des collusions. Après la nuit (« Notturno »), le silence (« Silenzio »), et la Romance (« Romanza »), Jean-François Spricigo continue ses voyages aux croisements des disciplines, tout en explorant un monde qui n’appartient qu’à lui seul, même s’il nous semble déjà l’avoir vu un jour de discernement fugace.
Jean-François Spricigo n’est pas que photographe, et c’est sans doute pour cela que ses images nous semblent autant parler de cette discipline. Il lui rend ses ombres et ses lumières, la mélodie des silhouettes, son enfance et sa mémoire.
Vols d’oiseaux, mer d’Ouessant, portraits visibles et invisibles, chiens accompagnateurs et notes furtives composent cet ensemble inédit pour sa première exposition en Belgique depuis une dizaine d’années de rencontres, d’arpèges et de marches.

François Delvoye
Novembre 2017

Vernissage le jeudi 14 décembre de 18h30 à 21h, en présence de l’artiste.

A. galerie
rue du Page, 25
1050 Bruxelles
Belgique

Tel. +32 (0)2 534 80 59
Mob. +32 (0)476 879 139

delvoyefrancois@hotmail.com

Du mardi au samedi de 11h à 14h et de 14h30 à 19h

toujours l’aurore

2017.04.07    –    2017.06.04    Galeria BWA (Katowice)
2017.01.19    –    2017.02.19    Stara Galeria ZPAF (Varsovie)
2014.11.05    –    2015.01.04    CentQuatre (Paris)

 

Cykl „toujours l’aurore” Jeana – Françoisa Spricigo, który zaprezentujemy na wystawie w Starej Galerii ZPAF, zawiera wszystkie charakterystyczne cechy fotografii belgijskiego artysty: poetycką, narrację o otwartej strukturze, złożoną z portretów gubiących ostrość rysów, lecz zatrzymujących emocjonalną prawdę o przedstawianych ludziach i zwierzętach, tajemniczych krajobrazów, nielicznych migawek z codzienności. Szczególne miejsce zajmują portrety zwierząt, ukazanych z bliska, obdarzonych wewnętrznym emocjonalno-psychicznym życiem.

Jean – François Spricigo (ur. 1979, Tournai, Belgia) jest jednym z najwybitniejszych fotografów belgijskich młodego pokolenia. Zajmuje się także filmem i jest autorem licznych utworów poetyckiej prozy. Stworzył własny, niezwykle emocjonalny język fotografii, intymny, operujący nieostrościami, wyraźnym ziarnem, zbliżeniami najbardziej wyrazistych fragmentów, ekspresyjnymi ujęciami portretowymi, nie tylko ludzi, lecz także zwierząt oraz szerokim kadrem  pejzaży. O swojej pracy mówi, że stara się wyrazić, co czuje, a nie przedstawić świat.

Wystawa powstała we współpracy Flying Gallery Foundation ze Starą Galerią ZPAF, galerią 104 w Paryżu oraz z Przedstawicielstwem Walonii i Brukseli w Polsce. Partnerami wystawy są Belgijsko – Polska Izba Handlowa oraz firma XBS. Jej kuratorkami są Clotilde Simonis – Gorska i Lena Wicherkiewicz.
Cykl „toujours l’aurore”, obejmujący 137 fotografii, został wyprodukowany przez galerię 104 w Paryżu, na wystawę, która się tam odbyła w 2014 roku.
The “toujours l’aurore” series by Jean – François Spricigo which we will present at the exhibition in the ZPAF Stara Galeria (Old Gallery), will allow viewers to fully explore the characteristic features of the Belgian artist’s photographs: the poetic, open-ended narrative, consisting of portraits with blurred features, but still retaining the emotional truth of portrayed animals and humans, mysterious landscapes, and few snapshots of everyday life. Special place is held by the portraits of animals, depicted up close, with emphasis on their inner emotional and mental life.

Jean – François Spricigo (born 1979 in Tournai, Belgium) is one of the best Belgian photographers of the young generation. He also dabbles in film and wrote numerous pieces of poetic prose. He has created his own, highly emotional language of photography; it is personal, features blurred images, visible grain, close-ups of the most distinctive pieces, expressive portrait shots, both of people and of animals, as well as wide angle shots of landscapes. He describes his work as a striving to express his feelings, and not to present the world.

The exhibition was created in collaboration of Flying Gallery Foundation with ZPAF Old Gallery, 104 gallery in Paris, and the Representation of Wallonia and Brussels in Poland. The partners of the exhibition are the Belgian Chamber of Commerce and XBS company. Its curators are Clotilde Simonis-Gorska and Lena Wicherkiewicz.

The “toujours l’aurore” series, which consists of 137 photographies, was produced by 104 gallery in Paris for the exhibition there in 2014.

VU’ workshop

Lieu et Dates
VU’ Agence & Galerie, Hôtel Paul Delaroche, 58 rue Saint-Lazare, 75009 Paris
Les 19, 20 et 21 mai 2017
(vendredi: 14h-20h / samedi: 10h-20h / dimanche: 10h-18h)

Maître de stage
Jean-François Spricigo

Un photographe doit se positionner : veut-il montrer “objectivement” ou s’exprimer sur ce qu’il montre – et assumer ainsi sa singularité ?
Avec ce workshop, nous explorerons la seconde proposition.

Pour cela, nous nous baserons essentiellement sur des exercices de prises de vue au cours desquelles nous laisserons l’ensemble de nos émotions et de nos énergies nous traverser pour enfin oser « jouer », sans nous circonscrire à nos peurs ou nos désirs de sécurité.
L’appréhension peut se dépasser : nous explorerons comment nous libérer de nos systèmes et fonctionnements automatiques de “protection”.
Il sera également question de la distance nécessaire entre soi et son sujet. Comment s’inscrire à l’intérieur d’un évènement ? Comment celui-ci réagit à ma présence ? Comment en rapporter quelque chose de sensible ?
Ces questions jalonneront l’ensemble du stage comme argument de pédagogie principal.
Le fameux « instant décisif » n’existera que dans le cadre d’une disposition singulière des éléments d’une rencontre : soi, le sujet, l’environnement et le moment.

Cela se traduit photographiquement par l’harmonisation d’un avant et d’un arrière-plan, par l’attention que peut pointer un flou (qu’il soit optique ou lié au mouvement), par une sur ou sous-exposition: autant de modalités techniques qui constitueront notre palette.
Nous nous interrogerons enfin sur la relation entre la photographie exposée et le spectateur (quel narration ? dans quel dispositif de monstration ?) et sur la façon de s’exprimer sur son travail pour appuyer le sens de sa démarche, oralement et par écrit.
Ainsi, nous aurons approché une question fondamentale : quel est l’axe le plus approprié pour témoigner au mieux de l’émotion d’un instant vécu à travers un support, et comment la rendre lisible à celui qui l’observe à son tour ?
Tout cela sur la base de prises de vues antérieures et de celles réalisées durant le stage que nous aborderons selon l’œil critique du linguiste qui envisage l’image comme un langage à part entière.

Programme

Vendredi 17 février
– Présentation individuelle du travail récent puis discussion afin de définir pour chacun, selon sa sensibilité, le ou les sujets à réaliser pendant le stage (les prises de vues pourront commencer dès le soir même – envisager d’être disponible)

Samedi 18 février
– Matin: Atelier de prise de vue collective sur base de situation simple afin d’éprouver la relation au sujet sans autre artifice que la pleine présence de l’observateur et son modèle.
– Après-midi: Prises de vue en extérieur, seul ou en groupe, selon les objectifs de la veille. Le maître de stage reste disponible pour des conseils durant ces prises de vues.
Envisager de travailler à nouveau en soirée.

Dimanche 19 février
– Présentation des travaux réalisés la veille et mise en perspective de ceux-ci selon le moyen approprié à les diffuser (diaporama vidéo, exposition, livre, etc…).
– Travail de présentation orale et écrite avec attention sur la cohérence entre ce qui est dit et ce qui est vu.
– Bilan du maitre de stage.

Matériel
Les participants devront apporter, dans la mesure du possible, les éléments suivants :
– Leur portfolio sous forme de tirages et/ou de fichiers numériques.
– Un boîtier numérique et un ordinateur portable, le format de ce workshop nécessitant la maîtrise de ces outils.

Coût
– Plein tarif : 490 euros
– Tarif réduit : étudiants, moins de 25 ans, demandeurs d’emploi : 390 euros.
– Personnes bénéficiant d’une prise en charge (type AFDAS) : 590 euros

Financements possibles
N’hésitez pas à nous demander les documents utiles à la constitution de vos dossiers de prise en charge (déclaration d’activité de formateur enregistrée
sous le numéro 11 75 50839 75 auprès du préfet de région d’Ile-de-France).
Pour toute information sur vos droits à la formation, contactez le CARIF (Centre d’Animation, de Ressources et d’Information sur la Formation).

Informations & inscriptions
Mathias Nouel / +33 (0)1 53 01 85 84 / nouel@abvent.fr

Camera Obscura

Camera Obscura
exposition du 10 décembre 2016 au 14 janvier 2017
PARIS PHOTO (suite) + Jean-François Spricigo

Photographes exposés :
Bill Brandt, Denis Brihat, Harry Callahan, Gilbert Garcin, Lucien Hervé, Michael Kenna, Jungjin Lee, Arno Rafael Minkkinen, Sarah Moon, Bernard Plossu, Marc Riboud, Paolo Roversi, Jean-François Spricigo, Paul Strand, Shoji Ueda, Masao Yamamoto

Rassembler des oeuvres dans la perspective de les présenter au salon Paris Photo, dans un espace réduit, confronté aux centaines de propositions qui s’offrent à un public international, est un exercice difficile mais passionnant.
Lorsque l’on choisit de faire un accrochage collectif, il faut à la fois présenter une vision cohérente dans sa diversité, et essayer de réussir à ce que l’individualité d’un travail existe et, dans le meilleur des cas, s’enrichisse du voisinage qu’on lui choisit.

Ces contraintes, lorsqu’on y répond avec un esprit ouvert à l’improvisation, provoquent des rencontrent inattendues et fécondes pour le regard : c’est en tout cas l’impression que j’ai souvent eu en préparant chaque année l’accrochage du salon.. C’est souvent le hasard, les confrontations inattendues sur la table d’encadrement ou au bas des murs qui m’ont offert des solutions et des découvertes.
Il est toujours dommage et un peu triste de décrocher, après cinq journées intenses, le résultat de ce travail et il nous est venu l’envie de prolonger le salon, de donner à voir ou à revoir un choix directement inspiré de cette expérience.
C’est donc un plaisir de vous inviter à retrouver dans la galerie, dans un endroit plus familier et intime, cette présentation polyphonique, ou la fragmentation de chaque oeuvre, échappant à sa détermination, joue une musique différente, influencée par les affinités, les rapprochements.

Nous avons le grand plaisir d’accueillir, dans ce chant pluriel un nouvel artiste, Jean-François Spricigo, qui rejoint ainsi une sorte de famille. Sa singularité, la poésie libre de sa photographie, me touche particulièrement, comme son écoute de la nature, des animaux, son respect de leur innocence.

Didier Brousse

Samedi 10 décembre, de 16h à 18h, nous vous invitons à rencontrer pour une signature :

Michael Kenna
ROUGE (Prestel, 2016) 68 euros
Forms of Japan (Prestel, 2015) 68 euros
In Hokkaido (RAM, 2016) 85 euros
Calendrier 2017 (Nazraeli) 28 euros
SHINAN (Nazraeli, 2013) 120 euros

Jean-François Spricigo
Lettres à quelqu’un – Incandescence
(Textes. 2016 – édition de 300 exemplaires) 28 euros
Toujours l’aurore
(éditions de l’oeil, 2014) 25 euros

La galerie est ouverte au public :
du mardi au vendredi de 12h à 19h
samedi de 11h à 19h
(Fermeture annuelle du 25 décembre au 2 janvier)

Galerie Camera Obscura
268 Boulevard Raspail, Paris, France
01 45 45 67 08

Purgatoire & Delvoyeurs

exposition de photographies au Purgatoire – 54 Paradis – 75010 Paris
6 novembre au 23 décembre 2015, du lundi au vendredi, de 10h à 19h
vernissage le 5 novembre à 19h

La vérité en art est incluse dans l’œuvre elle-même comme la vie dans l’animal. La seule vérité dont on puisse parler à ce propos est la vie elle-même telle qu’elle s’impose à nous, sans son secret, telle qu’elle nous échappe. Ce que nous appelons, de ce point de vue, mensonge, c’est ce qui nous gêne, nous choque, nous inquiète ou nous dépasse.

Pierre Reverdy

Je vais être honnête. Lorsque j’ai rencontré Jean-François Spricigo, ses bêtes et ses tremblements, il m’ont agacé autant qu’émerveillé. Pour l’émerveillement, pas la peine d’en remettre des couches : ceux qui apprécient son sens naturel de l’image, sa poésie hors du temps, son impressionnisme si personnel, indéfinissable, entre humanisme et désespoir, sentiront avec leurs yeux.

L’agacement, lui, était de ceux qui vous font prendre conscience – sans autorité – que vous ne vivez pas la vie avec assez de dents. Tour à tour cinéaste, écrivain, comédien, ses images entretiennent d’excellents rapports avec l’éclectisme, la curiosité et le mouvement permanent.
Son énergie est de celles à faire rougir le tonneau des Danaïdes.

Il y a énormément de photographes.
L’on sent trop souvent leurs appareils ou leur but, et ce quel que soit le milliard de pixels qui le servent. Avec Jean-François Spricigo, c’est la trajectoire qui prime, jamais finie.
Il n’est pas photographe.
J’apprécie sa naturelle acceptation des héritages, de nos prédécesseurs, autant que sa recherche personnelle, cousue à ses pas de wanderer, loin des suffocations issues de la surproduction d’images.
Être « hors du temps » signifie tout sauf être dépassé. Aujourd’hui, il semble même que ce soit la définition, s’il en est une, de l’intégrité et de l’ouverture. Tout sauf la mode.

Enfin, j’apprécie son goût pour l’inconnu et la déformation. Sans doute parce que la photographie, comme nos vies, voyage entre volonté de vérité et implacabilité du mensonge. Davantage que cette fameuse réalité qui n’existe toujours pas, ce mensonge peut se révéler un océan de justesses, dans lequel il convient de pécher à la volée.

Disons qu’il s’agit d’un autre témoignage. Jean-François Spricigo est un ogre. Et vieux monsieur. Puisse-t-il le rester bien longtemps.

François Delvoye

le Purgatoire – 54 Paradis est un open space résolument moderne, inscrit dans la tradition et les codes d’un ancien comptoir du XIX siècle. c’est un lieu de vie et de fête où alain cirelli partage son goût pour l’art contemporain et les échanges. écrin de création culinaire, c’est aussi un espace de recherche, de découverte et de rencontres autour de la cuisine, de ses produits d’exception ainsi que des métiers qui l’entourent.

Delvoyeurs est une structure de commissariat et de production d’exposition, d’édition et de développement culturel. delvoyeurs est constituée à la fois d’une société commerciale, basée à Paris, et d’une société à but non lucratif, basée à bruxelles. cette structure polyvalente fonctionne avant tout sur une complémentarité, une somme d’expériences et une complicité intellectuelle, sur un regard libre et assumé dans le domaine de l’art.

 

Château de Seneffe

exposition collective du 25 avril au 11 novembre 2015 au Domaine du Château de Seneffe

Quelle a été votre première fois à Seneffe ?
Il y a quelques années, à l’occasion d’une lecture de texte de mon ami Marcel Moreau donnée par le comédien Denis Lavant.

Quelle a été votre première impression en arrivant au domaine du château de Seneffe ?
Joli parc, dommage que tout y soit si « organisé ».

Le lieu vous a-t-il parlé, inspiré ou impressionné ?
Aucun des trois, l’architecture est dans la logique ostentatoire de nos homologues français dans laquelle je n’ai pas encore trouvé ma place.

Qu’est-ce qui est le plus difficile ici à Seneffe, pensez-vous ?
Je ne comprends pas la question.

Qu’avez-vous pensé du projet et cela vous a-t-il de suite suscité des « images » ?
Une promenade proche de la nature est toujours un argument de joie.

L’élément déclencheur pour participer à l’exposition a-t-il été le défi face au parc (élément naturel) et à la taille du support ou le sujet en tant que tel ?
La demande était au départ simple et charmante, ça me suffit amplement pour m’intéresser à l’autre.

L’œuvre (ou les) que vous avez choisi pour Seneffe, est-ce un nouveau défi, un coup de cœur, une envie de marquer le lieu, … ?
Je laisse les défis aux sportifs, les coups de cœur aux critiques, et aux tombes le soin de marquer le lieu.

Lorsque vous photographiez, pensez-vous nature, culture, architecture, ou humain ?
J’essaie de ne pas savoir… l’essentiel est de sentir ce qui est là.

Le jardin (voire la nature) est-ce un élément habituel dans vos photos ?
C’est le principal « cadre » dénué d’artifice. Tout ce qui est lié au culturel s’exprime dans la plupart des cas à travers la revendication ; la nature est là, simplement. Elle correspond à l’immémorial point commun originel de chacun. Elle ne se manifeste que par évidence, la seule violence qu’elle semble en apparence nous opposer tient à la résistance que nous avons pour l’aborder.

Le percevez-vous juste comme un « fond » ou est-ce un sujet à part entière ?
Ce qui est essentiel est ce qui est là, le reste est discursif. Pour moi, il n’y a pas de sujet, ou alors vous faites de la politique, de la psychologie ou l’une des nombreuses déclinaisons de la sociologie. C’est tout à fait louable évidemment, mais je ne me sens pas concerné par cela. L’explicatif n’entre pas dans le champ du ressenti, à chacun de vibrer selon sa fréquence, il n’y a rien à démontrer. Cependant la duplicité propre à la sémantique des idéologues en vogue est là pour nous expliquer que tout s’explique.

Et pour vous personnellement, le jardin est un lieu de vie, de calme, d’inspiration, … ?
J’y suis moins réceptif quand il est conditionné par des critères qui excluent le naturel au profit de la modernité du moment.

Quelle est pour vous votre vision du rapport de l’homme et de la nature ?
Beaucoup de larmes dans ma vision… j’apprends à accepter l’aigreur humaine ordinaire à principalement envisager la nature comme une stricte source d’énergie. J’ai cependant le sentiment que de plus en plus d’individus la vivent autrement, sereinement, ça réchauffe le cœur.

Côté technique, vous êtes davantage argentique ou numérique ? Est-ce que le numérique vous a bouleversé ?
La photo est un rectangle à investir, le récipient importe peu. Les usagers font ce qu’ils ont à faire, le débat sur ce sujet appartient aux moralistes et aux marchands.

Comment percevez-vous la photographie en tant qu’art ? Adhérez-vous à un courant ?
Je ne me sens pas concerné par ces questions.

Préférez-vous saisir l’instant ou le mettre en scène ?
Observer une situation participe déjà à en changer son déroulement… à partir de là, à vous de placer les critères de ce qui est mis en scène ou non.

Votre façon de photographier est-ce la représentation d’une réalité, d’une émotion, un témoignage (d’humanisme), une trace, … ?
Il s’agit d’un geste, rien de plus, ni de moins. Un geste au plus proche de la respiration liée à l’évènement qui se déroule, un geste qui prolonge, comme le vent accompagne les paysages du promeneur.
Le devoir de mémoire, la nécessité de laisser une trace, et autres velléités d’éternité appartiennent à la vanité. Préférer l’illusion flatteuse du symbole plutôt que l’éphémère intensité de la vie elle-même est à la fois mensonger et profondément morbide. Il suffit d’envisager les espèces et les civilisations disparues pour se rendre compte de la vacuité de cette revendication. Cela sert principalement la propagande névrotique consistant à ajourner l’instant à vivre dans l’espoir vain de ne pas disparaître.
Tout est dans l’instant, le reste est un paradigme totalitaire que trop de gens imposent à d’autres afin de préserver l’image qu’ils ont d’eux-mêmes.

Le noir et blanc ou la couleur, en préférez-vous l’un à l’autre et comment expliquez-vous votre choix pour Seneffe ?
Dans mon cas, il se trouve les deux. C’est un hasard.

Quelle réaction pensez-vous que le promeneur aura en voyant vos photos à Seneffe ?
Celle qui sera forcément appropriée et en relation avec eux-mêmes.

Ciel d’orage, tourbillon et silence est-ce là votre univers naturel ?
Je n’ai pas d’univers isolé, je vis dans le même réel que tout à chacun. Je me sens en phase avec ce réel quand j’en accepte le vertige de ses paradoxes. Parfois je parviens à en rendre humblement l’écho.

Que trouvez-vous dans la nature et chez les animaux que vous ne trouvez pas chez l’homme ?
L’être humain n’est pas exclu des groupes nature et animaux que vous citez. Je ne fais aucune hiérarchie entre ces éléments. Tous participent à la vie de chacun, et ce tout est indissociable de la survie de l’ensemble. Il se trouve que mon langage s’articule à partir d’une culture spécifique liée à l’espèce humaine. Par ailleurs le langage non verbal est tout aussi riche et s’adresse à encore davantage d’êtres vivants. Claude Levi-Strauss dans « Le Regard éloigné » écrivait ceci : Les problèmes posés par les préjugés raciaux reflètent à l’échelle humaine un problème beaucoup plus vaste et dont la solution est encore plus urgente : celui des rapports de l’homme avec les autres espèces vivantes. Le respect que nous souhaitons obtenir de l’homme envers ses semblables n’est qu’un cas particulier du respect qu’il faudrait ressentir pour toutes les formes de vie.

Et le fait de les prendre en photo c’est pour figer l’instant ou montrer à l’homme tout ce qu’il a perdu (voire jamais eu) ?
Je le fais car j’en ai jusqu’à présent la capacité. Je n’ai aucune vocation à convaincre quiconque de quoi que ce soit. J’essaie de partager sincèrement ce qui me tient à cœur, je l’exprime à travers le médium qui s’impose à moi en fonction de la situation.

L’homme n’existe-t-il en tant qu’humain que lorsqu’il est dans l’œuf ?
Je ne comprends pas la question.

La vie est-elle un sac de nœuds dans lequel on se débat ?
La vie est merveilleuse, fascinante, surprenante, parfois douloureuse en apparence, mais toujours pour préparer un terrain plus serein, il suffit d’y être disponible.

La photo rend-elle cette beauté des émotions et cet instant saisi et présent dans la nature ?
La photographie est un intermédiaire entre soi et le réel, elle est loin d’être indispensable pour y accéder. Pour l’heure j’en ai besoin pour y voir clair, tant mes yeux sont encore embrumés.

Préférez-vous la photo, le théâtre ou le cinéma pour vous exprimer ? Et pourquoi ? Ou chacun contribue-t-il à sa façon à vous permettre de vous exprimer artistiquement parlant ?
Chacun prolonge l’autre. Cela devient rapidement insipide de ne manger que sucré, salé, amer, etc.… Il en est de même pour la création, elle se réjouit de la pluralité du monde.

entretien avec Jean-François Spricigo et la responsable de la communication du Domaine du Château de Seneffe, avril 2015