île de Sein

reportages de Raphaëlle Aellig Régnier réalisés par Christian Morerod, avec la complicité de Jean-François Spricigo
Diffusion le 09 et 10 mars 2015 sur les ondes de la RTS La Première

Qui voit Sein voit sa fin, dit le dicton marin

Ile de Sein, janvier 2015.
En 2008 et 2014, deux tempêtes particulièrement violentes ont déferlé sur cette toute petite île du Finistère, très basse sur la mer.
De spectaculaires images de vagues se précipitant dans les maisons ont été diffusées. Pourtant, le décalage entre l’image de ce coin de terre vue du continent ou vue depuis ses habitants est immense.
Voyage entre les a priori des continentaux et la sérénité des îliens.

Douce résistance sur l’île de Sein

Ile de Sein, janvier 2015.
Située au large de la pointe du Raz dans une zone particulièrement dangereuse en raison des récifs et du vent, l’île de Sein est une résistante, les habitants à son image.
Ceux qui mettent le pied sur l’île quelques heures ne voient souvent que la menace de submersion, l’altitude moyenne se situant à 1, 50 mètres.
Mais ceux qui y sont nés – les “purs” Sénans – savent combien leur île a la peau dure.

en famille

2011.05.28    –    2011.08.28    Libera Accademia di Belle Arti (Brescia, Italie)
2010.01.06    –    2010.03.04    Maison de la Culture (Tournai, Belgique)

Mon Ami
par Marcel Moreau

À l’intime de ses sens en éveil, il y a déjà ce « léger tremblement du regard » au bout duquel le visible, à coup sûr, commencera une autre vie, plus vraie que la précédente à la remorque de ses seules apparences. Le regard insiste, le « léger tremblement » de même : il en résulte un invisible dont les épiphanies s’obtiennent tantôt au « grattage », tantôt à l’« arraché, ou encore à la « caresse ».
La photographie, chez Jean-François Spricigo, semble bel et bien avoir été précédée un bref instant – l’instant d’une fulgurance – d’un regard tourné vers ses propres profondeurs, de chair et de sang. L’œil intérieur sait ce qu’il fait, et pourquoi il le fait, quand il conditionne l’acuité de sa perception à l’expérience qu’il a des plongées vertigineuses dans les fosses abyssales du corps, là où se situe tel visage englouti de lui-même au départ de toutes ses transfigurations. Je connais cela aussi en littérature, lorsque, par exemple, les mots en train de s’écrire tirent l’essentiel de leur vérité des mouvements qu’imprime à leur contenu ma vie organique, en prise sur les « entrailles » du langage. Il est des moments où un art, quel qu’il soit, n’est jamais plus péremptoire qu’au détour des « phénomènes atmosphériques » qu’il provoque en faisant se rencontrer dans une anatomie donnée la violence d’un « putsch » et la délicatesse d’une poésie.
J’ai déjà eu l’occasion de dire et d’écrire tout le bien que je pensais du talent de Jean-François, à quoi j’ajoute le prix que j’attache à son amitié. Je ne me sens pourtant pas suffisamment « de mon temps » pour accorder aux images une attention plus considérable que celle que requièrent les mots.
Mais ses images à lui ont du « vocabulaire ». Leur auteur lit, aime lire, il en reste quelque chose dans le son qu’elles émettent, pour qui a l’oreille fine. De par ce son, elles m’invitent irrésistiblement à m’y arrêter, outre qu’elles ont le don, mine de rien, de ne jamais laisser indifférente mon aventure personnelle, vécue à haute température, entre Verbe et Vénus.
J’ai évoqué à leur propos, au début de ce texte, un « léger tremblement du regard ». Léger mais point volatile, puisqu’il est à l’origine de quelque salubres perturbations, infligées à l’esprit de géométrie sitôt que ce dernier prend sa part des illusions d’optique. Que l’on me comprenne bien, par « léger », j’entends une gravité (un largo ?) mettant ses pas dans ceux d’un dansable (en somme une clairvoyance donnant des signes de lévitation… ). Quant au tremblement, son épicentre et ses répliques sont sans doute à chercher du côté d’une révolte de tous les sens devant la réalité du monde tel qu’il est et qu’il va, davantage que du côté de leur dérèglement, l’art des secousses libératrices y gagne ses lettres de noblesse.
C’est beau, fort et inaugural à la fois…

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Publication

2010

en famille, catalogue de l’exposition

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Presse papier

2010

03.09    Le Courrier

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Presse radio

2010

02.10    La Première – Journal de 13h
02.06    Musiq 3 – Journal de 13h

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Presse TV

2010

01.23    No Télé – Info HO

interview radio

Interview radio de Jean-François Spricigo par Pascal Goffaux à l’occasion de l’exposition en famille à la Maison de la Culture de Tournai.
Diffusée le 10 février 2010 au journal de 13h de La Première (RTBF).
Durée : 13min 05sec

en famille - jf spricigo

interview radio

Interview radio de Jean-François Spricigo à l’occasion du prix de la Fondation belge de la Vocation reçu en 2008.
Diffusée le 21 mai 2008 au journal de 13h de La Première (RTBF).
Durée : 3min 13sec

prelude

2009.04.16    –    2009.05.26    Simonis Gallery (Varsovie)
2008.02.27    –    2008.04.05    Agathe Gaillard (Paris)

La nuit sera noire et blanche
par Anne Biroleau

Le sentiment tragique de la vie traverse et soutient l’univers de Jean-François Spricigo. Non un tragique ostentatoire et démonstratif ; nous sommes loin chez lui des déclarations définitives sur la Vanité du monde et la contingence des choses et des êtres. Il ne démontre aucunement l’inutilité, n’en forme pas le concept, mais se place dans son champ, qui est celui de l’art. Il faut l’affirmer et l’œuvre de Jean-François Spricigo le proclame, l’art est inutilité fondamentale. La photographie lui est aussi naturelle semble-t-il que la faculté de voir et de respirer. Les interstices du visible, « les portes d’ivoire et de corne » de l’imaginaire, les labyrinthes de la représentation, s’ouvrent devant lui comme des voies royales, non pour aller vers l’imaginaire, l’au-delà et l’imperceptible, mais pour les faire venir à nous, nous les offrir tels que jamais nous ne les aurions saisis.
Etrange photographe, celui qui tournant son objectif vers la perpétuelle et inquiétante mutité des choses, nous les montre non dans leur présence réelle, mais dans leur possible et sensible évanouissement. C’est dans cette évanescence, peut-être, que repose la vraie nature du tragique. L’univers de Jean-François Spricigo n’est guère plus étendu que la distance où porte son regard. Il est fait de moments banals, de voyages peu lointains, de visages familiers, de présences amies, d’animaux dépourvus d’exotisme. Pourtant, c’est un monde du glissement, un monde où tout se transforme sans cesse ainsi que dans les mythes fondateurs des grecs, un univers où les lumières émergent de l’intérieur de l’image, à l’exemple des lueurs qui guident vers la mort ou le salut les héros des contes de fées. Les images semblent émerger d’une profondeur d’ombre infinie, le mouvement qui les habite n’est plus celui de la photographie, pas encore celui du cinéma. Il est le mouvement du récit, de la narration, du conte. Toutes ces photographies se répondent, s’appellent, s’engendrent les unes les autres en un réseau potentiellement infini. Un réseau qui couvre son monde, comme si la carte se superposait exactement au territoire, comme si l’image transposait exactement le songe. Les photographies de Spricigo sont étoilées de fractures, parsemées de traces et d’accidents, d’éraflures et de manques. Il les accepte et en fait œuvre, le coup de dés du hasard n’a jamais été aussi présent que dans cette œuvre, pourtant maîtrisée de bout en bout.

Etablir une filiation de l’œuvre de Spricigo amène sans nul doute à évoquer les meilleures images de Mario Giacomelli, non pour la parenté de sujets que constituent les images de l’abattoir ou de l’asile, mais pour la richesse des plans, la virtuosité des équilibres, la maîtrise des valeurs, pour l’audace dans le traitement du tirage. Le grain y prend une ampleur somptueuse, une violence troublante, devient lui-même part du récit qui s’élabore. Mais Spricigo n’entreprend nullement un grand récit philosophique ou une saga de la vieillesse à l’exemple du photographe italien. Il reste dans l’en deçà, son monde n’appartient qu’à lui. Il le fait nôtre pourtant, notre recherche d’une image fondatrice et originelle surgie droit de la mémoire et de l’enfance, trouve son accomplissement dans sa vérité à lui. C’est cela. « Ça  a été » aussi pour nous. C’est en quoi son univers apparemment si restreint, si étroit touche à l’universel. Peu d’artistes possèdent l’apanage de faire disparaître en un seul geste la frivolité et la superficialité, d’aller droit à l’essentiel et de ne pas s’en écarter, dans un art aussi mince que celui de la photographie, nous découvrons la « profondeur de la peau » évoquée par Nietzsche.
Le monde intime que cette œuvre ouvre pour nous semble trouver son essence dans la dernière phrase écrite par Gérard de Nerval, le soir même de sa mort :
« Ne m’attendez pas ce soir car la nuit sera noire et blanche. »

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Presse papier

2009

05.16    Magazine Foto

2008

04.01    Marie Claire
03.01    TGV Magazine
03.01    Connaissances des Arts Spécial Photo
02.01    Exporama

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Presse TV

2008

03.18    No Télé – Puls

interview radio

Interview radio de Marcel Moreau et Jean-François Spricigo par Thierry Génicot à l’occasion de l’exposition notturno au Botanique (Bruxelles).
Diffusée le 7 juillet 2007 dans l’émission La Pensée et les Hommes de La Première (RTBF).
Durée : 30min 37sec

interview radio

Interview radio de Jean-François Spricigo par Corinne Boulangier et Eric Russon à l’occasion de l’exposition notturno au Botanique (Bruxelles).
Diffusée le 25 juin 2007 dans l’émission Culture Club de La Première (RTBF).
Durée : 10min 54sec

notturno

2010.01.06 – 2010.01.30    Le Grand R (scène nationale La Roche-sur-Yon, France)
2009.01.06 – 2009.02.28    Parvis (scène nationale Tarbes Pyrénées, France)
2007.06.20 – 2007.07.17    Botanique (Bruxelles)

L’appel silencieux
par Philippe Grimbert

La photographie n’est pas qu’une affaire de regard, nous le savons tous, nous qui tentons de retenir ces instants fuyants, qui nous retournons sur nos objets perdus, qui caressons du bout des doigts ces visages disparus, ces bouquets depuis longtemps fanés, ces jardins qui reposent aujourd’hui sous des dalles de béton. La photographie est affaire de temps et le temps, toujours, nous parle de la mort. Comment en arrêter la course ? La paupière de l’obturateur, dans son battement imperceptible, tente cet impossible : elle découpe le temps en infimes portions et cette décomposition, paradoxalement, est sa manière de lutter contre une autre décomposition, celle qui guette tout vivant.
Ce n’est pas un hasard si, peu de temps après sa découverte, l’invention de Niepce a tenté de saisir certaines manifestations de l’Au-delà sur ses images sépia : on y voit des femmes hallucinées, des médiums renversés dont la  bouche béante vomit la silhouette translucide d’un ectoplasme. Entouré d’un tourbillon de voiles, il s’élance vers le ciel comme la fumée d’un cigare. C’est une expérience spirite, c’est un revenant, c’est avant tout une illusion bien sûr, mais une illusion qui permet de réunir sur une même photo le passé et le présent, condensés en un temps unique, auquel pourrait venir s’ajouter un troisième, celui de toutes les crédulités à venir. On peut sourire de ces expériences d’autrefois, de leur naïveté ou de leurs pièges trop apparents, mais ne nous enseignent-elles pas l’essence de la photographie : tout cliché ne condense-t-il pas les trois temps qui règlent notre rapport au monde, ce qui est, fut et sera ? Est-il une photo qui ne se lance à la poursuite d’un fantôme ?
L’univers de Jean-François Spricigo se développe au cœur même de cette question. Lorsqu’il évoque sa démarche, il  témoigne de ce souci : l’appareil au poing, dit-il, le voilà parti, chasseur de fantômes, explorateur à la recherche d’une trace, d’un ailleurs. Ses images sont parsemées d’indices : rayures, poussières qui enneigent le cliché, empreinte des doigts du photographe. Voilà pour la trace. Et ce que ses photos représentent s’ouvre en abîme sur un au-delà, une Autre scène : mordu par la mer le rivage noir, hanté par son occupant le fauteuil abandonné sous la clarté lunaire de l’abat-jour, abattu par l’imminence du coup fatal le regard de l’animal. Voilà pour l’ailleurs. Et les trois temps, toujours : visages promis à la mort, figés aujourd’hui dans ce qu’ils étaient autrefois, enfants emportés par l’urgence d’une horloge qui se précipite et les rend flous avant l’heure, vieillards endormis déjà décomposés. Ces images ont le noir, le gris, le blanc de ces radiographies affichées sur un mur de lumière et qu’il faut interpréter, à la recherche d’un signe. Elles ont la surexposition, le flou, le bougé de ces photos ratées qui affichent aux yeux de tous l’inconscient du preneur de vues. Et elles ont l’évidence des œuvres majeures, cette brutalité sans fard qui nous renvoie à nos abîmes.
Marais noyés, villes crépusculaires, paysages désertés où vibre l’annonce d’une apparition : l’absence lumineuse qui habite ces lieux y prend la consistance de l’ectoplasme, celui que cherchaient à piéger nos aïeux photographes. Mais on ne peut croire aux fantômes que si on ne les voit pas, Jean-François Spricigo l’a compris, reporter de l’invisible il détient le privilège de savoir suggérer ces présences sans les démasquer, paratonnerre il attire sur lui les  foudres muettes, antenne dressée face à la nuit il capte l’appel silencieux de ce qui n’est déjà plus.

 

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Presse papier

2009

02.13    La Dépêche

2007

07.04    Zone 02
06.28    La Libre Match
06.28    Brussel Deze Week
06.24    De Zontag
06.19    Bxl Blog
06.13    Knack
06.01    Grain and Pixels
06.01    Marie Claire

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Presse radio

2007

07.06    La Première – La Pensée et les Hommes
06.27    Radio Judaïca – Au fil de l’Art
06.23    La Première – Culture Club

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Presse TV

2007

06.29    Arte – Cinquante Degrés Nord