• 2012.09.14 – 2012.11.15 église Saint-Maurice (Lille)

Je me souviens de mon corps comme d’un chaos debout, ne se couchant que pour le sommeil de sa folie ou pour l’amour d’une femme. J’étais jeune et déjà possédé de mots. Le Verbe secouait le corps, ses abîmes. Comme s’il en retournait la part maudite. Plus tard, c’est lui, ce corps qui écrirait, m’écrirait, s’écrirait.
Trop de raison tue, il voulait vivre.
Il n’attend que ça le corps : que l’on fasse de lui le grand livre sensoriel et vertigineux où puisse se lire l’essentiel de notre identité. L’appauvrissement du langage (sa frivole désincarnation), fait beaucoup de morts… « dans l’âme ». C’est parce que nous ne sommes pas ou plus en mesure de nommer notre mal-être que nous ne nous imaginons plus en mesure d’en guérir. Et pourtant, ils existent, ces mots des profondeurs – voix de nos instincts éclairés – capables de nous sauver, par une espèce de danse intérieure, de nos désaccords avec nous-mêmes.
Dans Corpus scripti, j’essaie de dire en quoi, à rebours de la névrose générale, il est encore possible, le rare et troublant désir de « tressaillir pour une autre vie ». Jean-François Spricigo a su donner visage à ce moment de la trépidation sémantique qui fait se chevaucher dans une anatomie ce qui ressortit à ses pulsions et ce qui procède de la musique. J’ignore en quelle langue il a photographié plus d’un de ses paroxysmes. Je peux seulement jurer mes grands dieux (Dyonisos ?) que ses rudiments dansaient aussi bien que ses intégrités et n’étaient pas moins visionnaires et libérateurs qu’elles.
Marcel Moreau