à propos

Je photographie comme l’oiseau bat des ailes, pour ne pas tomber. L’envol appartient au lâcher prise.bio-003

Il s’agit de tenir à jour et à nuit ce journal improbable, déraisonnable mais pas sans raison. Rien à capturer ou à figer, au contraire, c’est la trépidation du monde, la palpitation d’un instant qui m’interpelle. Floue ou non, la « netteté » de l’image est principalement liée à l’intégrité de son processus.

Le réel surgit quand je cesse de prétendre l’objectiver par l’exercice de ma volonté ou du conditionnement de ma pensée. Dès lors mes photographies ont l’honnêteté des émotions, elles sont subjectives par souci de vérité. La fidélité à la fiction de ma vie au sein de la Vie elle-même est le témoignage le plus sincère que je peux produire. Ce qui compte aujourd’hui en mon cœur n’est pas tant mon existence propre que la disponibilité à la Vie qui la traverse. Refermer la « belle » histoire promue par les marchands de rêves pour s’ouvrir au vertige d’une vie pleine, jusqu’en ses paradoxes.

La nature m’apprend à me réconcilier avec moi-même et les autres. Les animaux ont particulièrement participé à m’apaiser face à ce que je percevais comme des injustices. L’évidence de leur présence, leur ancrage spontané, m’a donné accès à une respiration plus sereine. Auprès d’eux, j’ai eu conscience de la différence notable entre la perfection ostentatoire à laquelle mes semblables prétendent trop souvent, et la justesse qui ne revendique rien, elle est. Humblement, j’observe cette nature et la reconnais comme seule norme tangible face aux mutations de nos sociétés. Il n’est pas ici question de chercher l’opposition ou de créer une hiérarchie entre l’Homme et la Nature, mais bien de faire entendre au premier qu’il s’inscrit dans la seconde, et que jamais il n’a conquis quoi que ce soit de pérenne quand il la profane. Je vis cela comme je respire, j’apprends pas à pas à transcender le tumulte en contemplation.

Voilà maintenant plus de vingt ans que s’écrit cette scansion en noir et blanc. En 2012, j’ai approché la couleur à l’occasion d’une résidence à la Casa de Velázquez, en Espagne Le territoire autant que sa lumière ont induit cette ouverture esthétique. Le noir et blanc n’avait jamais été une contrainte, mais la plume et le pinceau le plus approprié pour me faire l’écho de ce Nord inaugural, à la fois blafard et généreux.
bio-001Vivre, « créer », quelque forme que cela prend, c’est avant tout l’engagement de l’être entier dans l’évènement, une affaire de distance, de discernement afin de s’inscrire dans le flux du monde par les chemins de l’apaisement. Faire autant confiance aux sens qu’à l’intelligence, renouer avec les instincts éclairés, accepter le paradoxe pour cesser de souscrire à la contradiction, et enfin cohabiter avec nos forces obscures comme promesse de lumière.

La photographie est une acuité fragile, une vision de l’immédiat et du lointain, l’inconnu à explorer forge son intensité. Une conquête verticale dont l’issue sera la chute. Mais je ne tombe pas, le vertige des gouffres est celui des révélations.

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